Véritable trésor à l’écart du tourisme de masse qui caractérise ses voisines de l’archipel des Canaries, La Gomera, surnommée l’« île magique », est un joyau préservé qui séduit par sa nature intacte et son riche héritage culturel, illustré par deux inscriptions au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ultime étape de Christophe Colomb avant la découverte du Nouveau Monde, cette petite île circulaire et verdoyante, classée Réserve de biosphère, est un paradis pour les randonneurs.

La Gomera, pourtant minuscule — à peine 25 km de diamètre —, compte 12 vallées et plus de 650 ravins (les « barrancos ») et gorges profondes. De forme circulaire, elle évoque, vue du ciel, un presse-citron ! On comprend aisément qu’il soit impossible d’en faire le tour par une route côtière : il faut toujours repasser par le centre montagneux, ce qui allonge les trajets malgré la taille modeste de l’île.
Contrairement à ses voisines, La Gomera sommeille depuis des millénaires. C’est la seule île de l’archipel des Canaries à n’avoir connu aucune éruption volcanique depuis la préhistoire. Son relief escarpé a donc été entièrement sculpté par l’érosion.
Pas étonnant qu’il faille près d’une heure de route pour parcourir les 16 km séparant le port de la capitale San Sebastián de La Gomera, jusqu’à l’hôtel Jardín Tecina ! Les routes étroites et sinueuses, ponctuées d’innombrables virages en épingle, offrent des panoramas à couper le souffle. On est d’ailleurs tenté de s’arrêter à chaque tournant pour immortaliser le paysage — ce qui rallonge encore un peu le trajet…



À seulement 30 km de Tenerife, la plus grande, la plus peuplée et la plus visitée des Canaries, La Gomera — deuxième plus petite île de l’archipel — se rejoint en ferry en à peine 50 minutes. Le contraste est saisissant entre ces deux voisines si proches : ici, pas de tourisme de masse, mais une nature sauvage et préservée. Seule El Hierro est plus petite, moins peuplée et moins fréquentée que La Gomera.
Le spectacle commence dès la côte sud-ouest de Tenerife : on distingue au loin cette île circulaire et verdoyante, à la silhouette parfaite, presque irréelle — une île mystérieuse qui évoque celle de Jurassic Park.
La traversée s’effectue à bord des ferries de la compagnie Fred Olsen Express, au départ du port de Los Cristianos. Nous débarquons à San Sebastián de La Gomera, capitale tranquille de l’île. C’est ici que Christophe Colomb fit escale le 6 septembre 1492 pour s’approvisionner en eau et en vivres avant de mettre le cap sur le Nouveau Monde, faisant de La Gomera la dernière étape avant la découverte de l’Amérique. Plus tard, les conquistadores Hernán Cortés, Francisco Pizarro et Vasco Núñez de Balboa y firent également escale. Aujourd’hui, le port accueille les ferries reliant Tenerife, La Palma et El Hierro.

Le plus beau balcon sur le Teide
Depuis les hauteurs de San Sebastián, la vue sur Tenerife est tout simplement splendide. C’est depuis La Gomera que l’on profite du plus beau point de vue sur le Teide, le volcan majestueux de Tenerife, point culminant de l’Espagne et véritable toit de l’Atlantique, avec ses 3 715 mètres d’altitude.
Depuis l’Alto de Garajonay (1 487 m), le sommet de La Gomera, le spectacle est encore plus saisissant : on y aperçoit non seulement le Teide, mais aussi La Palma, El Hierro et, par temps clair, même Gran Canaria.

Le silbo, classé au patrimoine immatériel de l’UNESCO
Le silbo gomero, langue sifflée inventée par les Guanches — peuple d’origine berbère, premiers habitants de l’archipel des Canaries avant l’arrivée des Espagnols au XVe siècle — permet de communiquer d’une vallée à l’autre sur une portée de cinq à dix kilomètres, selon la force et le sens du vent.
C’est le seul langage sifflé complet reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel. Toujours pratiqué et enseigné dans les écoles, il incarne l’âme de La Gomera, île où les traditions guanches sont restées les plus vivantes.
En 2022, un incendie ayant détruit une centrale électrique a privé l’île d’électricité pendant plusieurs jours : les habitants ont alors ressorti leur savoir ancestral et communiqué en silbo, sifflant de vallée en vallée.
À la demande, les Gomeros sont ravis de faire une démonstration de cet étonnant langage, où chaque syllabe correspond à un sifflement modulé selon la tonalité et l’intensité.

Depuis des siècles, les habitants communiquent à l’aide du silbo gomero, un langage sifflé capable de traverser les ravins sur plusieurs kilomètres. On peut tenir une véritable conversation à distance ! Ce n’est pas un folklore : il est encore enseigné dans les écoles de l’île.
« Il existe un endroit où les hommes parlent comme des oiseaux… C’est une île au paradis où les humains sifflent aussi le plus beau chant du plus bel oiseau : le silbo gomero. »
Le Parc national de Garajona, classé au patrimoine de l’UNESCO
Le cœur montagneux de La Gomera abrite le majestueux Parc national de Garajonay, une forêt primaire de lauriers (laurisilva), vestige des vastes forêts qui recouvraient autrefois une grande partie de l’Europe et du bassin méditerranéen durant l’ère tertiaire, il y a plus de 50 millions d’années.
Son pic, point culminant de l’île, atteint 1 487 mètres d’altitude : un paradis pour les randonneurs, offrant des paysages d’une beauté mystique.
C’est la forêt la mieux conservée des Canaries, avec des lauriers pouvant atteindre jusqu’à dix mètres de haut et de gigantesques bruyères arborescentes.
À partir d’environ 700 mètres d’altitude, la condensation des alizés enveloppe en permanence le mont Garajonay d’une couronne de nuages, coiffant la forêt subtropicale d’un voile brumeux. Les troncs, les branches et les feuilles, tapissés de mousse et de lichens, prennent alors une allure irréelle, comme suspendus hors du temps.


Sous le vent, les arbres semblent murmurer… La Gomera est terre de légendes : on raconte que certaines clairières du Garajonay servaient autrefois de lieux de rituels païens et de magie populaire.
Les curanderos (guérisseurs) y sont encore respectés.

Casa Efigenia : le rendez-vous des randonneurs
Aux portes de la forêt primaire de Garajonay, Casa Efigenia, nichée à près de 1 000 mètres d’altitude dans le paisible hameau de Las Hayas, régale les randonneurs depuis plus de 70 ans avec une cuisine locale, authentique et naturelle, servie dans son restaurant emblématique, le Bar La Montaña.
Depuis les années 1990, l’auberge propose également des chambres simples et des casas rurales pour un séjour immersif au cœur de la nature.
C’est Doña Efigenia, la propriétaire, qui a donné son nom à l’établissement — et qui officie encore aux fourneaux. Elle incarne l’âme de ce lieu familial. Par son humilité et son dévouement, elle est devenue une figure emblématique de la gastronomie éco-responsable, valorisant les produits du terroir, les traditions et les savoir-faire ancestraux de l’île.
Aimée et respectée autant par les habitants que par les visiteurs et les médias internationaux, Doña Efigenia perpétue avec passion une cuisine végétarienne simple et savoureuse : salades fraîches, gofio épicé au mojo, et ragoûts rustiques de légumes.







Valle Gran Rey, la station balnéaire phare de La Gomera
Sur la côte ouest de l’île, Valle Gran Rey, la « vallée du grand roi », est la station balnéaire emblématique de La Gomera. Son nom rend hommage au chef guanche Hupalupa, « le grand roi », qui régnait sur cette région. À La Puntilla, une imposante statue en bronze de quatre mètres de haut célèbre un autre héros guanche, Hautacuperche, artisan de la rébellion de 1488 contre les conquistadors castillans.
Tournée vers l’intérieur de l’île, la statue symbolise la résistance du peuple guanche face aux envahisseurs venus de la mer.
Valle Gran Rey séduit par ses vallées verdoyantes, ses palmeraies luxuriantes et ses cultures en terrasses — bananiers et fruits tropicaux y prospèrent sous le soleil. Ses plages de sable noir, bordées de falaises abruptes, contrastent avec le bleu intense de l’océan Atlantique. Le décor est spectaculaire, et les couchers de soleil y sont parmi les plus beaux de l’archipel.










Vallehermoso, la belle vallée
Au nord-ouest de La Gomera, Vallehermoso, la « belle vallée », porte parfaitement son nom. Niché entre le Roque Cano et les forêts brumeuses du Garajonay, ce village authentique mêle terrasses verdoyantes, palmiers élancés et vignobles ensoleillés. Sa côte sauvage cache une plage de sable noir, et au large se dressent les spectaculaires falaises des Órganos. Entre océan et montagne, Vallehermoso offre un concentré de la beauté la plus pure et préservée de l’île.


Agulo, bijou de La Gomera, balcon sur La Palma
Adossé à de hautes falaises verdoyantes sur la côte nord, Agulo, bijou de La Gomera, offre l’une des plus belles vues sur La Palma. Ce village pittoresque, aux maisons colorées et aux ruelles pavées, est surplombé par le Mirador de Abrante, passerelle de verre suspendue au-dessus du vide, offrant une vue vertigineuse sur le village, l’océan Atlantique et l’île de La Palma.










Jardin Tecina, le jardin secret du sud de La Gomera

Sur la côte sud, Playa Santiago, le spot le plus ensoleillé de l’île, abrite le Jardín Tecina, seul véritable resort de La Gomera, offrant des vues spectaculaires sur l’Atlantique. Perché au sommet d’un promontoire dominant l’océan, entouré d’un immense jardin botanique de 7 hectares, cet hôtel de 434 chambres, inauguré en 1987 à l’emplacement d’une plantation de bananes, a été entièrement rénové en 2024. L’hôtel Jardín Tecina met en avant l’essence de La Gomera à travers son architecture canarienne, ses jardins luxuriants et sa ferme écologique, l’Eco Finca Tecina.
D’un côté, un sentier conduit en dix minutes au superbe parcours de golf 18 trous offrant une vue magique sur le Teide. Dans l’autre direction, un ascenseur creusé dans la falaise descend vers la plage de galets et le Club Laurel, un beach club avec piscine d’eau de mer, mini-golf et restaurant, véritable oasis au pied des falaises. En continuant, on rejoint le village de pêcheurs de Playa de Santiago et sa charmante chapelle troglodyte, adossée à la roche.
Le resort 4 étoiles regorge d’activités : grande piscine à débordement avec vue sur le Teide, bassin pour enfants avec aire de jeux aquatique et toboggan, piscine pour aquagym, espace spa avec circuit extérieur d’eau salée, sans oublier la piscine du Club Laurel. On y trouve également un mini-club, des courts de tennis, une salle de sport Technogym, un spa complet avec sauna, hammam, jacuzzi et salon de coiffure, ainsi que des animations quotidiennes.
Parmi les activités proposées : promenades géologiques, visites botaniques à la découverte des cactus, palmiers, cèdres canariens, dragonniers, frangipaniers et hibiscus flamboyants, ou encore visite de la ferme écologique qui fournit une partie des produits utilisés à l’hôtel. Le soir venu, place au spectacle !
Côté gastronomie, plusieurs restaurants à la carte et un buffet panoramique permettent de savourer des produits locaux, dont beaucoup issus de l’Eco Finca Tecina.



































San Borondón, la mystérieuse île fantôme des Canaries
Entre mythe et mirage, San Borondón alimente depuis des siècles l’imaginaire des Canaries. Selon la légende, il existerait une huitième île cachée à l’ouest de La Gomera, visible seulement certains jours avant de s’évanouir dans la brume.
Les premiers récits remontent au Moyen Âge et évoquent le moine irlandais Saint Brendan, ou San Borondón, qui aurait découvert cette terre insaisissable lors de ses voyages en mer. Plusieurs navigateurs ont affirmé l’avoir aperçue, sans jamais parvenir à l’atteindre.
Aujourd’hui, les scientifiques expliquent ces apparitions par des phénomènes optiques, tels que la réfraction ou les mirages atmosphériques, capables de projeter au-dessus de l’horizon l’image d’une île inexistante.
Mythe tenace ou illusion d’optique, San Borondón reste un symbole de mystère et de fascination, rappelant que les Canaries ne livrent pas tous leurs secrets au premier regard.

On aperçoit parfois la légendaire San Borondón, île mirage ou île fantôme surgissant à l’horizon, née d’un phénomène atmosphérique d’illusion optique.
Saviez-vous que Canary Wharf à Londres doit son nom aux îles Canaries ?
Avant de devenir l’un des quartiers d’affaires les plus modernes d’Europe, Canary Wharf fut un port animé dédié au commerce maritime avec les îles Canaries. Dès le XIXᵉ siècle, les docks de l’Isle of Dogs, à Londres, accueillaient les navires chargés de fruits, de vin et de bananes en provenance de l’archipel espagnol, notamment de La Gomera. L’un des entrepôts les plus importants appartenait à la Canary Islands Fruit Company, qui donna son nom au quai : Canary Wharf.
Lorsque la zone fut transformée dans les années 1980 sous la direction de grands architectes, dont Norman Foster, le nom historique fut conservé en hommage à ces liens transocéaniques.
Le célèbre architecte britannique a d’ailleurs inspiré Fred. Olsen Jr., avec qui il entretenait une amitié de longue date, lorsqu’il a conçu le projet unique du Jardín Tecina, sur les falaises de La Gomera. Aujourd’hui encore, à 96 ans, celui que l’on appelle affectueusement Don Federico, cinquième génération de la famille Olsen, vient régulièrement visiter « son » hôtel, tel un patriarche bienveillant.
