Le Cirque d’Hiver : le plus vieux cirque du monde

Inauguré le 11 décembre 1852 par l’empereur Napoléon III, c’est le plus vieux cirque du monde ! L’un des plus beaux aussi… Trônant majestueusement au 110 rue Amelot dans le XIème arrondissement de Paris, le Cirque d’Hiver fut édifié par l’architecte Jacques Hittorff. Classé monument historique, il fut appelé successivement Cirque Napoléon puis Cirque National, au gré des changements de régime. Il accueillit les grands noms du cirque : Fratellini, Zavatta, Houcke… avant d’entrer dans le giron de la famille Bouglione en 1934.

© Nicolas Pelé – La superbe façade du Cirque d’Hiver, qui accueillit le premier salon du voyage insolite en mars 2023, fait la part belle aux chevaux, animaux à l’origine du cirque.

Pourquoi diable ce nom de Cirque d’Hiver ? Tout simplement car ce n’est pas un cirque itinérant, qui allait de village en village durant la belle saison, mais un chapiteau en dur, qui ne se démonte pas ! Sa programmation est en hiver donc, ou du moins durant la période de novembre à mars. D’avril à octobre, pendant les beaux jours, place à la tournée des chapiteaux sur les routes de France !

Il avait d’ailleurs son pendant, le Cirque d’Été, édifié en 1841 au carré Marigny, qui présentait son spectacle du 1er mai au 1er septembre. Également appelé Cirque-Olympique des Champs-Élysées, Cirque-National, puis Cirque de l’Impératrice, il fut détruit à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900. L’endroit abrite désormais le théâtre Marigny. La rue qui y menait existe encore sous le nom de rue du Cirque, qui ne s’appelle donc pas ainsi par hasard. Elle a bénéficié d’un coup de pub ces dernières années quand on y aperçut le président François Hollande en scooter apportant des croissants à son amante Julie Gayet…

Le Cirque d’Été, détruit en 1900, a laissé la place au théâtre Marigny. On lui doit le nom de l’actuelle rue du Cirque, près des Champs-Elysées.

Ce Cirque d’Été ressemblait beaucoup à notre Cirque d’Hiver. Il faut dire qu’ils ont le même architecte : Jacques Hittorff, à qui l’on doit des lieux emblématiques de la capitale, comme la gare du Nord, la mairie du Vème arrondissement place du Panthéon, l’église Saint-Vincent-de-Paul ou encore l’aménagement de la place de la Concorde, où il fait ériger l’emblématique obélisque de Louxor.

© Nicolas Pelé – L’intérieur est tout aussi splendide que l’extérieur.

C’est le duc de Morny, demi-frère du prince Louis-Napoléon (futur Napoléon III), qui obtient l’autorisation de construire ce polygone de 42 mètres de diamètre, de vingt côtés percés de 40 fenêtres, au 110 rue Amelot dans le XIème arrondissement de Paris. Ce n’est pas un pentagone ni un hexagone mais bien un icosagone (polygone de 20 côtés). La salle est éclairée par 21 lustres à gaz, remplacés par des globes électriques en 1907 quand le cirque devient un cinéma. Elle pouvait alors accueillir 5 900 personnes (la jauge a été ramenée à 1 650 places de nos jours).

© Nicolas Pelé – Le majestueux couloir fait le tour de l’icosagone.

Nous sommes juste devant le boulevard du Temple, surnommé le boulevard du crime au XIXème siècle, en raison des nombreux théâtres mettant en scène des pièces représentant des crimes. C’est ici que se déroule le chef d’œuvre de Marcel Carné, Les Enfants du Paradis, avec Arletty. La plupart de ces théâtres furent détruits au moment de la réorganisation de Paris par le baron Haussmann dans les années 1860.

Il fallut neuf mois de travaux pour construire le Cirque d’Hiver. C’est plutôt rapide, mais si le chantier démarra sous la Deuxième République, il s’acheva sous le Second Empire. Sur la façade, on remarque parmi les sculptures un bonnet phrygien remplacé à la hâte par un toupet. On ajoute un aigle impérial et le tour est joué ! Couvrez ce bonnet phrygien que je ne saurais voir comme aurait dit le Tartuffe de Molière.

© Nicolas Pelé – Plaque en hommage à l’empereur Napoléon III, qui inaugura le Cirque d’Hiver le 11 décembre 1852. Cela fait moins de 10 jours que Louis-Napoléon Bonaparte est devenu l’empereur Napoléon III le 2 décembre 1852, un an après son coup d’État.

La place est limitée car on est tout de suite sur la rue. C’est pourquoi il n’y a pas comme dans la plupart des salles de spectacles parisiennes un grand espace d’accueil, mais une petite entrée qui donne tout de suite sur la grande salle de spectacle.

© Nicolas Pelé – A l’origine, la salle pouvait accueillir 5 900 personnes, mais la jauge a été ramenée à 1 650 places de nos jours.
© Nicolas Pelé – La figure du cheval est très présente dans la décoration du Cirque d’Hiver, ici à l’entrée du bar de l’Impératrice.
© Nicolas Pelé – Ici dans l’ancienne ménagerie.
© Nicolas Pelé – Pégase, le cheval ailé de la mythologie grecque, réputé indomptable.
© Nicolas Pelé – Marianne et son sein qui dépasse, affublée en hâte d’un toupet pour « masquer » le bonnet phrygien trop républicain, quand la Deuxième République laisse la place au Second Empire. Et toujours l’omniprésente figure du cheval, y compris sur la frise au-dessus.
© Nicolas Pelé – L’ancienne ménagerie du Cirque d’Hiver accueille désormais toutes sortes d’évènements : défilés de mode, diners de gala, salons…

Au début, le cirque se limite surtout à l’art équestre. Le 12 novembre 1859, c’est au Cirque d’Hiver (alors nommé Cirque Napoléon) que le toulousain Jules Léotard inventa le trapèze volant. Dans les années 1860, le chef d’orchestre Jules Pasdeloup (qui a donné son nom à la place située juste en face) triomphe avec ses concerts de musique classique (Beethoven, Mozart, Haydn…). Dans les premières années du XXème siècle, on assiste aux premiers spectacles de fauves. En 1907, le Cirque d’Hiver devient un cinéma Pathé… jusqu’en 1923, quand il reprend sa raison d’être après une grande rénovation. En 1926, Alexandre Bouglione, l’ainé des quatre frères, fait un carton avec son spectacle inspiré du Wild Wild West Show de Buffalo Bill venu en 1904 à Paris lors d’une tournée triomphale. Bien que le célèbre chasseur de buffles soit mort en 1917, le public croit vraiment à son retour !

© Nicolas Pelé – Les quatre frères Bouglione : Joseph, Alexandre, Sampion et Firmin.
© Nicolas Pelé – Une plaque rend hommage au lieu où fut inventé le trapèze volant par le toulousain Jules Léotard. Cela se passa ici, au Cirque d’Hiver, le 12 novembre 1859 (alors nommé Cirque Napoléon). Jules Léotard fut le premier artiste à s’élancer dans les airs, d’un trapèze à un autre…
De 1907 à 1923, le Cirque d’Hiver accueille un cinéma Pathé.
© Nicolas Pelé – La superbe salle du Cirque d’Hiver.

Savez-vous que le rayon de la piste est le même pour tous les cirques du monde ? 13 mètres de diamètre : cela correspond à la distance nécessaire entre l’écuyer, la chambrière (long fouet utilisé par les dresseurs de chevaux) et le cheval. C’est le double de la longueur de la longe servant à tenir les chevaux. Ainsi l’artiste se tient au milieu de la piste circulaire et guide les chevaux qui font le tour.

Un peu d’histoire

À la chute du Second Empire, le Cirque Napoléon devient sous la Commune de Paris Cirque National pour laisser, en 1873, la place au Cirque d’Hiver une fois la IIIème République bien installée. En 1907, c’est un cinéma Pathé, et en 1932, Mistinguett inaugure une piscine de 4,20 mètres de profondeur pour 13 mètres de diamètre (vous savez désormais pourquoi) sous la piste ! En 1955, on y tourne le film Trapèze, avec Burt Lancaster (ancien acrobate, qui exécute lui-même les numéros de trapèze), Tony Curtis et Gina Lollobrigida. Rien de plus normal que de tourner ce film à l’endroit où le premier artiste s’élança dans les airs, d’un trapèze à un autre… La célèbre émission « la piste aux étoiles » s’installe au Cirque d’Hiver Bouglione en 1956. Un programme gravé dans l’histoire télévisuelle qui marqua des générations d’enfants et de familles jusqu’en 1978.

De nos jours, en plus des spectacles de cirque traditionnel, la salle du Cirque d’Hiver accueille des spectacles de variété (la comédie musicale Emilie Jolie en 1985, Guy Bedos, Jacques Higelin…) et des réunions politiques (meetings d’Anne Hidalgo, Fabien Roussel et Philippe Poutou lors de l’élection présidentielle de 2022).

© Nicolas Pelé – Un souterrain permet d’accéder sous la piste, où se trouvait la piscine.
© Nicolas Pelé – Sous la piste, où se trouvait la piscine.

Qui inventa le cirque ?

Comme beaucoup de loisirs (la plupart des sports en gros), ce sont nos amis britanniques qui inventèrent le cirque, en 1768. Il s’agissait à l’origine d’acrobaties équestres. Quant au monsieur Loyal, la tradition du présentateur vient d’Anselme-Pierre Loyal, un directeur de cirque qui se met peu à peu à présenter ses spectacles dans les années 1820. Ce patronyme a donc traversé les générations et depuis, tous ceux et toutes celles qui présentent des spectacles de cirque sont des Messieurs ou des Mesdames Loyal. Ils sont le plus souvent habillés avec la traditionnelle veste queue de pie rouge (la couleur des cavaliers de l’armée, les premiers artistes de cirque), pantalon blanc ou noir, chemise blanche, nœud papillon noir, blanc ou rouge et bottes de cavalier.

Informations pratiques

Le Cirque d’Hiver Bouglione se trouve au 110 Rue Amelot, 75011 Paris. Le site est desservi par les stations de métro Filles du Calvaire et Oberkampf. Plus d’informations sur www.cirquedhiver.com

Publié par Nicolas Pelé

Le voyage est la passion de ma vie : chaque départ est une aventure, peu importe la destination, et chaque fois que je prends l'avion, c'est comme la première fois.

4 commentaires sur « Le Cirque d’Hiver : le plus vieux cirque du monde »

  1. Endroit magnifique ! J ai eu la chance d y voir deux spectacles. Le dernier une vie en rose et noir (Piaf) un endroit magique. Merci Nicolas de m avoir apporté toute l histoire de cette salle. Que d informations ! Toujours un plaisir de te lire

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  2. Un édifice splendide, magnifique, que des articles intéressants !!!
    Merci, surtout pour les magnifiques photos rouges : attirant , grand merci encore d’avoir écrire des bons articles et un peu de piment : l’histoire de l’ancien président français François Hollande et sa belle jolie, peut être se serait un joli vrai film Français, intéressant, non ?

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  3. Bravo et merci pour cet article très talentueux. J’y ai découvert le mot icosagone, le diamètre d’une piste de cirque et surtout cette magnifique histoire bien mouvementée du cirque. J’y suis allée l’année dernière avec mes petits enfants et suis prête à y retourner pour regarder le bâtiment avec un autre œil plus instruit.
    Merci de nous permettre de voyager ensemble!

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