Il était une fois l’amitié franco-américaine, une belle histoire à découvrir au château de Blérancourt dans l’Aisne

Que cache cet ancien château en ruine perdu quelque part entre Compiègne et Soissons, à quelques kilomètres des lignes du front de la Première Guerre Mondiale ? Un passionnant musée d’histoire et d’art consacré à l’amitié franco-américaine, que l’on doit à l’américaine Anne Morgan, pionnière de l’humanitaire. Cette militante féministe joua un rôle essentiel dans la reconstruction de la France en lambeaux au lendemain de la Grande Guerre. A la tête d’un réseau de femmes américaines francophiles, elle fonda le CARD (Comité américain pour les régions dévastées), pour venir en aide aux civils dans cette région ravagée par quatre ans de conflit. Au volant de leur Ford T, les volontaires du CARD sillonnèrent la Picardie de 1917 à 1924, donnant des cours, distribuant de la nourriture, soignant les malades et les blessés… Visite guidée du château de Blérancourt, où cette amoureuse de la France établit son quartier général.

© Musée franco-américain du Château de Blérancourt / M. Poirier – Le portail monumental ainsi que les deux pavillons de la terrasse de ce château du XVIIème siècle ont été miraculeusement préservés. A gauche, le pavillon Anne Morgan, où la fondatrice du musée installa ses bureaux en 1917. A droite, le pavillon abrite une superbe bibliothèque, un centre de documentation et des archives relatives aux relations franco-américaines. Ces deux pavillons se visitent sur réservation.

On connait de triste réputation le Chemin des Dames, dans l’Aisne, théâtre de l’une des plus meurtrières batailles de l’Histoire. Près de 200 000 Français (et autant d’Allemands) périrent dans les combats d’avril à juin 1917. Un autre chemin des dames fut emprunté dans ce même département, par des centaines de femmes américaines menées par Anne Morgan. Au volant de leur Ford T, elles sillonnèrent le territoire ravagé de l’Aisne à la rencontre d’une population qui n’avait plus rien après quatre années de guerre. C’est l’histoire trop méconnue de ces héroïnes que l’on pourra découvrir dans le passionnant musée consacré à l’amitié franco-américaine, qui prend ses quartiers dans le château de Blérancourt.

© RMN-GP / Thierry Ollivier – Gravure représentant le château de Blérancourt en 1790. On reconnait les deux pavillons et le portail d’entrée, qui ont survécu à la Révolution et aux deux guerres mondiales.

Niché dans la splendide campagne de l’Aisne (l’Oise est à moins de 2 km), entre Compiègne et Soissons, le Château de Blérancourt fut construit entre 1612 et 1619 par Salomon de Brosse, l’architecte de la reine Marie de Médicis. On lui doit notamment le palais du Luxembourg (qui abrite le Sénat) et la salle des Pas-Perdus du Palais de Justice de l’Ile de la Cité à Paris. Et pour qui édifia-t-il ce château ? Louis Potier de Gesvres, seigneur de Bourg-la-Reine, du Plessis-Picquet (actuel Plessis-Robinson), et de Sceaux. C’est justement à Sceaux que Louis Potier de Gesvres, qui fut au service des rois Henri III, Henri IV et Louis XIII, se fit construire en 1597 une grande maison de campagne qui fut rachetée par Colbert en 1670. Ce manoir est tout simplement à l’origine du célèbre château et du parc de Sceaux !

© RMN-GP (Musée franco-américain du Château de Blérancourt) / G. Blot – Le château de Blérancourt, entouré de fossés, fut construit en pierre de taille, sur des plans de l’architecte Salomon de Brosse de 1612 à 1619, pour servir de résidence de campagne à la famille Potier de Gesvres. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne fut pas détruit durant la Première Guerre Mondiale (même s’il subit des dégâts), mais démoli à la Révolution française, comme hélas beaucoup de châteaux de France…

Superbement restaurés, les vestiges de ce château du XVIIème siècle abritent l’unique musée franco-américain (il n’y en a pas d’autre), fondé en 1924 par Anne Morgan. Ce nom vous dit peut-être quelque-chose ? C’est la fille du célèbre et richissime banquier américain J.P. Morgan (John Pierpont Morgan), propriétaire entre autres du Titanic. Il fut sauvé du naufrage en préférant in extremis retrouver sa maitresse en cure à Aix-les-Bains… La famille Morgan symbolise l’amitié franco-américaine : Le grand-père aida déjà la France grâce à « l’emprunt Morgan » après la guerre franco-prussienne de 1870. Anne Morgan s’illustre à son tour en traversant l’Atlantique dès le début de la Première Guerre mondiale.

© Nicolas Pelé – Buste d’Anne Morgan – La fille du plus riche banquier des Etats-Unis aurait pu se contenter de son compte en banque bien garni, mais elle a préféré consacrer sa vie, son temps et son argent à aider les populations sinistrées de l’Aisne.

En mars 1918, c’est au château de Blérancourt, situé à quelques kilomètres des lignes de front, qu’Anne Morgan installe le quartier général de son organisation humanitaire consacrée à la reconstruction de la région : Le Comité Américain pour les Régions Dévastées (CARD). Aidée de 350 jeunes filles issues des grandes familles américaines venues bénévolement du Nouveau Monde, elle quadrille sans relâche pendant sept ans la Picardie à bord de camionnettes Ford T. Leur mission ? Secourir, soigner, distribuer du ravitaillement à une population qui n’a plus rien. Leur rôle consiste également à reconstituer du tissu social en agissant dans le domaine de la santé bien sûr, mais aussi de l’éducation et des loisirs. De 1917 à 1924, elles seront totalement au service de la France dévastée. Les Allemands qui occupèrent l’Aisne pendant les quatre années de la guerre ont pratiqué la politique de la terre brûlée : puits empoisonnés, sources polluées, fermes et machines agricoles détruites, arbres fruitiers arrachés, terre inutilisable. Il n’y avait plus aucun animal (cheval, cochon…), il fallait faire venir les vaches de Normandie ! Poules, lapins et chèvres sont acheminées de toutes les régions de France. Ajoutez à cela la grippe espagnole (400 000 morts rien qu’en France d’avril 1918 à mai 1919), le tableau est terrible !

© Nicolas Pelé – L’enfance malheureuse, à la recherche de leur foyer, 1918. Vieillards, femmes et enfants errent dans les ruines et vivent dans des caves, des écuries ou encore des carrières. Il faut se nourrir, se vêtir, se chauffer. Il n’y a pas d’eau courante.

 En 1919, Anne Morgan achète ce château en ruine, dont ne sont plus visibles que la terrasse, les deux pavillons et le portail monumentale. Après la guerre, la fondatrice du CARD a naturellement choisi ce lieu symbolique pour fonder en 1924 ce musée d’histoire et d’art qui rend hommage aux relations entre la France et les Etats-Unis depuis le XVIème siècle. Au cours d’une cérémonie solennelle en présence du maréchal Pétain (qui lui décerna la Légion d’honneur), l’ensemble, classé monument historique, est inauguré le 24 juillet 1924, et devient musée national en 1930.

© Nicolas Pelé – Anne Morgan (à gauche) et Anne Murray (à droite), viennent en aide aux populations civiles de l’Aisne, durement éprouvées par les combats. Dès 1914, Anne Morgan, fille du célèbre banquier américain John Pierpont Morgan, se mobilise en faveur des populations civiles. L’armée française lui confie en 1917 le domaine de Blérancourt, pour établir son quartier général, ce qui lui permet de rayonner sur les villages alentour. Elle y installe des baraquements provisoires. Avec son amie Anne Murray Dike, elle crée en 1918 le Comité Américain pour les Régions Dévastées (CARD).

Le château de Blérancourt a été fermé au public pendant dix ans afin d’y créer une nouvelle extension et effectuer des fouilles, qui ont permis de découvrir une occupation médiévale du site. Le musée, magnifiquement restauré, a rouvert ses portes en juillet 2017. Les deux ailes, autrefois séparées, sont désormais réunies par un vaste hall vitré et des salles en sous-sol, intégrant les vestiges archéologiques découverts lors des fouilles.

© Nicolas Pelé – On a longtemps cru que le château de Salomon de Brosse avait été édifié ex nihilo sur le site entre 1612 et 1619. Lors des fouilles qui se sont succédées entre 2003 et 2007 dans le cadre du chantier de rénovation du musée, les archéologues ont mis au jour une courtine médiévale du XIIIème siècle, les vestiges d’une maison forte du XIVème siècle, un pont à quatre arches de la fin du XVIème siècle, et les restes des caves du château du XVIIème siècle. Ces vestiges médiévaux sont intégrés au parcours de visite dans le musée rénové et visibles depuis l’escalier intérieur.

Cette nouvelle extension permet de déployer les collections permanentes autour de trois grandes thématiques. Dans l’aile gauche du château, les Idéaux des Lumières, à l’origine des premières alliances entre les deux nations. Au cœur du château et dans ses sous-sols, les Epreuves pendant lesquelles la France et les Etats-Unis ont combattu côte à côte (les deux guerres mondiales). Enfin, dans l’aile droite du château, voici les Arts, notamment de nombreuses peintures d’artistes américains ou français ayant vécu aux États-Unis, des œuvres inédites comme ce fascinant tableau représentant la rue de Broadway en 1855.

Les Idéaux

Les idéaux communs de liberté et de démocratie, nés au XVIIIème siècle de la philosophie des Lumières, sont les fondements de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis (4 juillet 1776), mais aussi de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen adoptée par la Révolution française le 26 août 1789. On constatera tout de même qu’au début du XIXème siècle, l’égalité entre les citoyens, des deux côtés de l’Atlantique, reste théorique : les Amérindiens, les esclaves et les femmes sont les grands oubliés de ces révolutions.

© Nicolas Pelé – La Liberté éclairant le Monde : Parmi les œuvres phares du musée, un plâtre original d’Auguste Bartholdi, modèle réduit de la Statue de la Liberté offerte par la France aux États-Unis à l’occasion du Centenaire de l’Indépendance. C’est Bartholdi lui-même qui a offert cette réplique au capitaine du bateau qui l’a transporté en 1885.

Ce modèle de la colossale statue offerte par la France aux Etats-Unis à l’occasion du centenaire de l’indépendance est une allégorie de la Liberté. Haute de cinquante deux centimètres, elle porte le flambeau, symbole des idées des Lumières rayonnant sur le monde après les deux révolutions (française et américaine), ainsi qu’une tablette portant la date du 4 juillet 1776. On peut lire gravé sur le socle en marbre : « Souvenir à Monsieur le commandant de Saune qui a transporté en Amérique, au nom de la France, la statue colossale de la LIBERTE (1885) ». Signé Bartholdi.

La première salle rend hommage aux Pères fondateurs des États-Unis, notamment Benjamin Franklin, George Washington et Thomas Jefferson, ainsi qu’au marquis de La Fayette, « le héros des deux mondes ».

© Nicolas Pelé – Buste de Thomas Jefferson par Jean-Antoine Houdon, fin du XVIIIème siècle. Principal rédacteur de la Déclaration d’indépendance des États-Unis en 1776, il fut le troisième président des États-Unis, de 1801 à 1809. Thomas Jefferson est mort le 4 juillet 1826, cinquante ans jour pour jour après la signature de la Déclaration d’Indépendance qu’il avait rédigée ! Ses derniers mots auraient été « sommes-nous déjà le 4 ? ».
© Nicolas Pelé – Buste de Louis XVI par Jean-Antoine Houdon, 1790 : Les relations franco-américaines s’officialisent avec le soutien de Louis XVI à la Révolution américaine menée par Georges Washington. Aux Etats-Unis, le roi de France guillotiné par les Français a droit à de nombreuses statues lui rendant hommage. Il y a même une ville qui porte son nom : Louisville, dans le Kentucky !
© Nicolas Pelé – Buste de Benjamin Franklin par Claude Dejoux, 1777. L’un des Pères fondateurs des États-Unis, ayant participé à la rédaction de la déclaration d’indépendance, est aussi l’inventeur du paratonnerre !
© Nicolas Pelé – Buste de Saint Just. Le célèbre révolutionnaire fut élevé à Blérancourt, où l’on peut visiter sa maison.
© Nicolas Pelé – Buste de George Washington, par Jean-Antoine Houdon, 1785. Héros de la guerre d’indépendance entre 1775 et 1783, il fut le premier président des États-Unis d’Amérique, de 1789 à 1797. Son nom a été donné à la capitale des États-Unis, ainsi qu’à un État à l’extrême nord-ouest de l’Union, à la frontière du Canada.
© Nicolas Pelé – Ce plâtre célébrant George Washington à cheval devait servir de modèle pour un exemplaire en bronze, mais le projet demeura inabouti.
DR – Statue équestre de George Washington – Finalement, on lui a préféré cette sculpture de Daniel Chester French, qui trône depuis 1900 sur la place d’Iéna à Paris.
© Nicolas Pelé – Buste de La Fayette, par Jean-Antoine Houdon, 1789.

A la fin du XVIIIème siècle, la France soutient la lutte des colons américains pour l’indépendance. Nommé général à l’âge de 19 ans par George Washington, La Fayette joua un rôle décisif dans la guerre d’indépendance des États-Unis contre la Grande-Bretagne. En retour, des milliers de volontaires américains apportent leur aide aux Français, bien avant l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. Ils débarquent au cri de « La Fayette we are here » (La Fayette nous voilà), sous les ordres du général Pershing (le seul général, avec George Washington, à avoir obtenu le grade de General of the Armies). Le général en chef du corps expéditionnaire américain se recueillit sur la tombe du héros de la guerre d’indépendance américaine au cimetière de Picpus à Paris, le 4 juillet 1917, jour de la fête de l’Indépendance.

© Nicolas Pelé – Abraham Lincoln ? Et non : Victor Schœlcher ! C’est lui qui est à l’origine de l’abolition de l’esclavage en France en 1848.
© Nicolas Pelé – Voici Abraham Lincoln ! Président américain lors de la guerre de Sécession, il fait ratifier le XIIIème amendement de la Constitution des États-Unis, qui abolit l’esclavage, en 1865.

On connait le western spaghetti (les films de l’Italien Sergio Leone), le western américain (les films de John Ford avec John Wayne), mais saviez-vous que les premiers westerns étaient français ? On parle de western camembert, dès 1910, sous l’impulsion de l’acteur-réalisateur français Jean Hamman (il préfère qu’on l’appelle Joë, ça fait plus américain…). Ces films muets furent tournés en Camargue entre 1911 et 1914. Né en 1883 dans une famille bourgeoise, il accompagne son père en voyage d’affaires aux Etats-Unis en 1904 et rencontre les derniers guerriers Sioux. Il découvre les Wild West Shows du fameux Buffalo Bill, avec qui il se lie d’amitié lors de son passage à Paris en 1905. Contrairement aux westerns américains qui montrent les « cruels indiens scalper les gentils blancs », Joë Hamman défend les Amérindiens et leur culture en voie de disparition.

© Nicolas Pelé – Costume de scène du chef indien Spotted Weasel (Belette Tachetée) qui fut l’un des protagonistes du Wild West Show de Buffalo Bill au début du XXème siècle. Dans cette passionnante aile dédiée aux relations entre la France et les Indiens d’Amérique, on apprend par ailleurs que les premiers westerns n’ont pas été réalisés aux États-Unis mais en France ! Ce costume de chef indien exposé fut offert à Joë Hamman par Spotted Weasel himself !

Les Epreuves

C’est en raison du soutien français à la guerre d’Indépendance américaine à la fin du XVIIIème siècle, à travers les figures de La Fayette et de Rochambeau, qu’en retour des milliers de volontaires américains apportent leur aide à la France au cours des deux guerres mondiales.

© Nicolas Pelé – La partie du musée consacrée aux épreuves traversées par les deux nations se trouve dans les sous-sols, et s’insère parfaitement dans les vestiges du château, dont certains datent du XIIIème siècle.
© Nicolas Pelé – Les « dames du CARD » et leurs fameuses Ford T.

De jeunes infirmières diplômées parcourent la région et effectuent des visites dans les villages, récoltant des informations sur l’état de santé et les conditions de vie des habitants afin de leur venir en aide. Elles sont accompagnées de « chauffeuses », de jeunes volontaires américaines ayant le permis de conduire et capables de réparer les véhicules Ford du CARD. En 1917, des femmes ayant le permis de conduire et capable de réparer leur véhicule, ça ne court pas les rues en France ! De plus, il faut bien avoir à l’esprit qu’il n’y a plus de route, pont ni chemin de fer, tout est détruit ! Ces femmes remarquables traversent des zones truffées d’obus non explosées et de cadavres humains et d’animaux, à bord de ces véhicules tout terrain pour soulager une population qui manque de tout.

Les infirmières américaines apportent à la France la méthode de Florence Nightingale, pionnière britannique qui inventa le métier d’infirmière lors de la guerre de Crimée (1854-1856). Ce sont les dames du CARD qui sont à l’origine du concept de bibliothèques municipales en France, publiques et gratuites pour tous ! Auparavant, elles étaient réservées aux chercheurs. La bibliothèque était un lieu chauffé, gratuit, ouvert à tous, où les enfants se pressaient notamment à l’heure du conte. C’est encore les femmes du CARD qui forment les premières bibliothécaires françaises, fonction autrefois réservée aux chartes, qui méprisaient ces femmes faisant la lecture gratuite à la population.

© Nicolas Pelé – Les bibliothèques du CARD, à l’origine du concept de la bibliothèque municipale en France.

Bref, on aurait pu surnommer Blérancourt le château des Dames, mais ce surnom est déjà pris par le château de Chenonceau, édifié par Katherine Briçonnet, embelli par Diane de Poitiers, protégé par Catherine de Médicis et Gabrielle d’Estrées, duchesse d’Etampes et maitresse de Henri IV, restauré par Louise de Lorraine et sauvé pendant la Révolution française par Louise Dupin, avant d’être restauré de nouveau par Marguerite Pelouze. Mais ça, c’est une autre histoire !

© Nicolas Pelé – Cette ambulance Ford assurait le trajet du front du terrible Chemin des Dames jusqu’à l’hôpital américain de Neuilly. Crée en 1915, l’American Field Service intègre plus de 2 400 jeunes Américains, recrutés dans les grandes universités. Parmi eux, un certain Walt Disney, ou encore Ernest Hemingway.
© Nicolas Pelé – Ces ambulances arrivaient directement des Etats-Unis en kit, par bateau, puis se montaient très facilement.
© Nicolas Pelé – Autre jeune américain appelé à devenir célèbre qui aida activement la France durant cette guerre, James Norman Hall, l’écrivain américain auteur des Révoltés du Bounty (1932), roman mythique plusieurs fois adapté au cinéma. On le voit ici poser devant son avion de l’escadrille La Fayette, en juin 1917. Sur le fuselage, on aperçoit l’emblème de l’escadrille : une tête d’indien Sioux.

Le colonel Abraham Piatt Andrew crée en 1915 l’American Field Service (AFS), un service d’ambulances, rattaché aux autorités militaires françaises, qui assure la liaison entre les lignes de front et les hôpitaux, en particulier l’hôpital américain de Neuilly. Créé en 1906 par un groupe de riches Américains résidant en France, notamment la famille Morgan, c’est le plus grand hôpital militaire durant la Grande Guerre, passant de 24 lits en 1914 à 2 000 lits au plus fort du conflit. C’est grâce à des dons américains que les ambulances Ford T sont achetées et expédiées en France. Les chauffeurs sont des volontaires, recrutés dans les grandes universités outre-Atlantique, qui souhaitent apporter leur soutien aux alliés alors que leur pays prône la neutralité (jusqu’en 1917).

© Nicolas Pelé – Les jeunes Américains de l’American Field Service arrivent d’un peu partout comme on le voit sur cette carte des Etats-Unis.

LES ARTS

De nombreux artistes américains choisissent de venir étudier en France au cours du XIXème et au début du XXème siècle. De véritables colonies artistiques se développent en Normandie et en Bretagne et les artistes américains adoptent le langage artistique en vogue dans leur pays d’adoption. En retour, des artistes français découvrent en Amérique le gigantisme des villes et les paysages grandioses des plaines de l’Ouest ou des chutes du Niagara. On pourra notamment admirer un splendide tableau de ces chutes peint par le Français Léon Reni-Mel.

© Nicolas Pelé – L’avenue de Broadway (littéralement large avenue) qui traverse Manhattan à New York, peinte par le Français Hippolyte Sebron dans les années 1850, un jour de neige. Les New-yorkais circulent à traîneau !
© Nicolas Pelé – L’Avenue des Alliés, 1918 : peinture impressionniste réalisée par Childe Hassam, illustrant les manifestations patriotiques célébrant la fin de la guerre à New York.
© Nicolas Pelé – A la fin de la visite, on prend une pause déjeuner bien méritée à la terrasse de l’hostellerie du Griffon, qui donne directement sur le parc du château de Blérancourt !

On pourra prolonger la visite dans les Jardins du Nouveau Monde, occupant les anciens espaces du potager, ainsi qu’à l’arboretum, qui rassemble une collection remarquable d’espèces américaines choisies pour leurs couleurs automnales : érable, chêne, liquidambar (et non pas du liquide en barre), magnolia de Virginie…

© Nicolas Pelé – Ces cinq jardins contemporains sont composés de plantes d’origine américaine et fleurissent successivement du printemps à l’automne. On aperçoit en arrière-plan l’Allée du Souvenir, avec ses hauts peupliers, rendant hommage aux jeunes ambulanciers de l’Ambulance Field Service, venus apporter leur aide aux soldats français. Il s’agissait de jeunes étudiants américains qui décidèrent de traverser l’Atlantique à leurs frais afin de porter volontairement secours aux blessés sur les champs de bataille, dès 1914, bien avant l’entrée en guerre des USA en 1917.
© RMN-GP (Musée franco-américain du Château de Blérancourt) / G. Blot – Les jardins du Nouveau Monde sont situés à l’emplacement de l’ancien potager du château. Inaugurés en 1986, ils offrent une sélection de fleurs et d’arbustes originaires du continent américain. Les essences rares américaines y côtoient des plantes courantes acclimatées à nos régions, dont on a souvent oublié l’origine américaine. Mention spéciale au tulipier de Virginie !

Château-Thierry et le Bois de Belleau

Pour prolonger sur la thématique de l’amitié franco-américaine, allons trinquer à Château-Thierry, ville natale de Jean de La Fontaine, à une heure de route au sud de Blérancourt. Nous sommes toujours dans l’Aisne, mais l’influence flamande laisse ici la place à la Route Touristique du Champagne, classée au patrimoine de l’UNESCO. Les vignobles et coteaux du sud de l’Aisne représentent 10% de l’appellation Champagne.

Cette adorable petite ville nichée au cœur du vignoble de Champagne vous séduira assurément avec ses portes médiévales, ses murailles et son château (il y a bien sûr un château à Château-Thierry !). Pour couronner le tout, elle est traversée par la Marne, pleine de charme avec ses cygnes et ses péniches. A 15 minutes de la ville, le Bois de Belleau fut le théâtre d’une grande bataille en 1918 durant laquelle les Américains ont sauvé Paris. Ne manquez pas la promenade dans ses bois couverts de cratères d’obus et autres vestiges des combats !

© Aisne Tourisme – Sur les hauteurs de Château-Thierry se dresse fièrement l’imposant Monument américain de la Côte 204, lieu sacré de la Première Guerre Mondiale valorisant l’amitié franco-américaine.
© Nicolas Pelé – Deux statues colossales, la France et l’Amérique main dans la main, ainsi que l’aigle des USA, occupent les faces Est et Ouest du monument. Des inscriptions en anglais et en français évoquent les différents combats et rendent hommage aux soldats américains tombés pendant la guerre. Un de ses murs porte une grande carte des opérations de l’armée américaine dans la région.
© Nicolas Pelé – Inauguré en 1937, le monument de la Côte 204 abrite le Visitor Center, un passionnant musée de 200 m² ponctué d’images, bornes interactives et matériel d’époque.

A 15 minutes de Château-Thierry, le bois de Belleau, sur la ligne de front de la Bataille de la Marne en juin 1918, accueille un impressionnant cimetière américain, dominé par une superbe chapelle érigée au-dessus des anciennes tranchées. Que s’est-il passé ici ? L’une des batailles les plus importantes de l’armée américaine, qui subit le plus lourd tribu de son histoire avant la Seconde Guerre Mondiale. La bataille du bois Belleau est encore considérée aujourd’hui comme le premier engagement majeur et l’événement fondateur de la réputation des Marines. D’ailleurs, ces derniers envoient chaque année une délégation lors de la célébration du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, mais aussi à l’occasion du Memorial Day, célébré chaque année le dernier lundi du mois de mai. Ce jour du souvenir américain rend hommage aux membres des forces armées des États-Unis, morts au combat, toutes guerres confondues.

© Amin TOULORS – La majestueuse entrée du cimetière américain du Bois de Belleau, l’une des batailles les plus importantes de l’histoire des Marines. Le chemin mène jusqu’aux carrés de tombe et à la chapelle.

La bataille se déroula dans le bois situé au sud-ouest de Belleau, à proximité de la Marne, entre le 1er et le 26 juin 1918, face aux forces allemandes retranchées dans le secteur de Château-Thierry. La 4e brigade américaine a perdu dans ces combats près de 60% de ses effectifs. En souvenir de ces hauts faits, un porte-avions américain prendra, en pleine guerre du Pacifique en 1942, le nom de USS Belleau Wood. De 1953 à 1960, sous pavillon français, il sera le porte-avions Bois Belleau. De 1978 à 2005, le nom de USS Belleau Wood a été à nouveau donné à un navire de guerre américain, un porte-hélicoptères d’assaut affecté à la flotte du Pacifique.

© Nicolas Pelé _ La chapelle du Cimetière américain du Bois de Belleau : ce monument de style roman a été édifié sur les anciennes lignes de front. Il a été inauguré le 30 mai 1937, jour du Mémorial Day.
© Aisne Tourisme Superbes vitraux rendant hommage aux soldats, à l’intérieur de la chapelle du Bois de Belleau.
© Nicolas Pelé – L’émouvant intérieur de la chapelle du cimetière américain du Bois de Belleau.
© Nicolas Pelé – Le Mur des Disparus : Les noms de 1 060 soldats américains portés disparus dans la bataille sont inscrits sur les murs de la chapelle.
© Nicolas Pelé – Le cimetière du Bois de Belleau est l’un des sites les plus poignants de mémoire de la Grande Guerre. Une nécropole de 21 hectares où s’étendent près de 2 300 tombes, alignées sur la courbe de la colline où se déroula la bataille. En une seule journée, le 6 juin 1918, les Marines ont perdu 1 087 hommes !
© Aisne TourismeMémorial dédié à la 4ème Brigade des Marines dans le bois de Belleau. 

« Belleau Wood » fut l’une des plus terribles batailles de toute l’histoire de l’armée américaine avec plus de 8 000 morts en juin 1918. Un sacrifice qui permit de stopper l’offensive allemande vers Paris et donna naissance au mythe des Marines américain. Ce fut la première bataille décisive menée par l’armée américaine lors du conflit, et elle a forgé le mythe du courage et de la ténacité du corps des Marines. Crée en 1798, c’est à l’origine un corps de fusiliers marins, mais qui en 1918 n’a plus grand chose à voir avec son rôle initial. Le mythe est né et va vite se propager. Ainsi, à un Marine blessé, une dame patronnesse française demande : « vous devez être américain ? » Et l’autre de répondre : « non madame, je suis un Marine ».

© HATATALAIN – Artillerie d’époque dans le Bois de Belleau.

À la mitrailleuse ou au corps à corps, les Marines ont réussi à stopper l’avance allemande. Ils y ont gagné alors le surnom de « Devil Dogs » (les chiens du diable). C’est à l’occasion de cette bataille que les Marines se choisirent leur mascotte, un bouledogue, d’après le qualificatif donné par les Allemands : teufel-hunden (chiens sauvages). Les forces américaines démontrent ainsi leur valeur et font naître chez les Alliés l’espoir de la victoire.

© Nicolas Pelé – Au cours de votre balade dans le Bois de Belleau, théâtre de terribles affrontements en juin 1918, vous trouverez de nombreux cratères d’obus, vestiges de tranchées, canons et autres ruines.

Dans ce bois où un sentiment de recueillement vous envahit, les arbres sont sacrés. Les plus anciens et plus meurtris, sont appelés « vétérans », comme si, à l’image des soldats, ils avaient eux aussi combattu. Lorsque l’un d’entre eux meurt, il est enterré, son bois, trop chargé en fer, étant devenu irrécupérable.

© Nicolas Pelé – Porte d’entrée de la cité médiévale à Château-Thierry.
© Nicolas Pelé – C’est par cette porte que passa Jeanne d’Arc en 1429 lorsqu’elle délivra la ville des Anglais.
© Vincent Colin- Dans les remparts du château de Château-Thierry, l’une des plus anciennes forteresses du Moyen Age, mentionné dès 923. Au programme, spectacle des aigles et visite des plus vastes cuisines médiévales d’Europe !
© Aisne TourismeLa maison natale de Jean de la Fontaine.
© Aisne TourismeElle abrite un passionnant musée sur le célèbre fabuliste.
© Aisne TourismeLe cabinet de travail de Jean de La Fontaine.
© Nicolas Pelé – Le Lièvre et la Tortue.
© Nicolas Pelé – Le Corbeau et le Renard.
© Nicolas Pelé – La Poule aux Oeufs d’or.
© Nicolas Pelé – Le Loup et l’Agneau.
© Nicolas Pelé – La Cigale et la Fourmi.
© Nicolas Pelé – Jean de la Fontaine est présent un peu partout dans la ville.
© Nicolas Pelé – « La grâce, plus belle encore que la beauté » : cette citation de Jean De La Fontaine est aussi le nom de cette œuvre monumentale, de l’artiste Nathalie Talec. Elle fut installée en bords de Marne, à l’occasion de la commémoration des 400 ans de l’auteur de La Cigale et la Fourmi, en 2021. Ce buste d’où émergent sept animaux des fables de La Fontaine a été réalisé en biscuit de porcelaine, avec la Manufacture de Sèvres.
© Nicolas Pelé – Pour ajouter au charme, on flâne sur les bords de la Marne avec ses cygnes…
© Nicolas Pelé – et ses péniches.

On dort où ?

© Best Western – Au Best Western Hôtel Île de France, un établissement de 40 chambres qui se distingue par son spa de qualité et sa gastronomie. Une adresse de choix pour un weekend dans la ville natale de Jean de la Fontaine !

Best Western Hotel Ile de France

Malgré son nom, cet hôtel ne se trouve pas en Ile-de-France, mais dans les Hauts-de-France, dans le département de l’Aisne, dans l’ancienne Picardie. Jusqu’à la Révolution, l’endroit faisait partie de l’Ile de France historique, plus étendue que l’actuelle région francilienne, donc le nom de l’établissement n’est pas si saugrenu ! Pour mettre tout le monde d’accord, historiquement et géographiquement, Château-Thierry, traversée par la Marne, appartient à la Champagne. L’établissement est en retrait de la ville, en lisière des champs, sur les hauteurs, bénéficiant de belles vues panoramiques !

Publié par Nicolas Pelé

Le voyage est la passion de ma vie : chaque départ est une aventure, peu importe la destination, et chaque fois que je prends l'avion, c'est comme la première fois.

Un avis sur « Il était une fois l’amitié franco-américaine, une belle histoire à découvrir au château de Blérancourt dans l’Aisne »

  1. Bonjour, encore une fois Nicolas tu nous donne très envie de lire et comprendre ce qui ‘est passé pendant les années arides, difficiles et l’atrocité de la guerre, fort heureusement c’est derrière nous maintenant, en espérant que ça va être une belle leçon pour que ça ne recommencera plus, et plus jamais ça, affreux mais heureusement il y a eu toujours des peuples solidaires, voir et des raisonnables personnes pour dire stop arrêtez, GRAND MERCI encore, à bientôt

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