La ligne de Sceaux : sur la piste de l’ancêtre du RER B

Intégrée au réseau express régional d’Ile-de-France (RER) en 1977, la ligne de Sceaux est l’une des premières lignes de chemin de fer de la planète, inaugurée en 1846 ! A l’origine, elle reliait l’embarcadère d’Enfer, sur l’actuelle place Denfert-Rochereau, à la commune de Sceaux, d’où son nom. Cette voie ferrée où circulaient des trains à vapeur jusqu’aux années 1930 était exploitée par une société privée, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO). J’ai suivi cette ligne historique de la banlieue sud de Paris, jalonnée de curiosités, de son point de départ parisien jusqu’à Sceaux, soit 10,5 km, traversant successivement le parc Montsouris, la Cité Universitaire, Gentilly, Laplace, Arcueil-Cachan, Bagneux, Bourg-La Reine, Sceaux, Fontenay-aux-Roses et Robinson. Que de découvertes le long de ce trajet bien connu des usagers du RER B !

©Nicolas Pelé – Cité Universitaire : la ligne de Sceaux passe au cœur du Parc Montsouris !

Le périple commence place Denfert-Rochereau. Lors de l’inauguration de la ligne de Sceaux en 1846, cette place n’existe pas, et nous ne sommes pas à Paris, mais sur la commune de Montrouge, dont les trois quarts furent annexés par la capitale en 1860. C’est ici que se tient la barrière d’Enfer, l’un des points de la perception des taxes sur les marchandises entrant dans Paris. Vous pensez connaître la raison du nom de la place ? Perdu ! Rien à voir avec la barrière d’Enfer, c’est un pur hasard, car c’est le colonel Aristide Denfert-Rochereau, héros du siège de Belfort contre les Prussiens en 1870, qui a donné son nom à cette place ! Au centre trône le fameux Lion de Belfort, réplique, réduite au tiers de sa taille initiale, du Lion de Belfort de la ville éponyme, dans le territoire éponyme.

©Nicolas Pelé – Le Lion de Belfort, sculpté à la gloire du colonel Denfert-Rochereau par Bartholdi, à qui l’on doit notamment la Statue de la Liberté à New York. Il regarde en direction de la petite réplique de sa grande sœur new yorkaise, sur l’île aux Cygnes, dans le XVème arrondissement.
©Nicolas Pelé – Plaque explicative sur le Lion de Belfort.
©Nicolas Pelé – Le Lion de Belfort, hommage à la Défense Nationale durant la guerre de 1870-1871, se tient à l’endroit où se trouvait le mur d’enceinte des Fermiers généraux, fortification édifiée juste avant la Révolution. Cette muraille comportait 54 bureaux d’octroi appelés barrières, permettant à la Compagnie des Fermiers Généraux de percevoir un impôt sur les marchandises entrant dans la ville. Ce qui n’était pas du goût des Parisiens, comme le rapporte avec brio Beaumarchais, dans son alexandrin : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ».

A cet emplacement se trouvait le mur d’enceinte des Fermiers généraux, haut de 3 mètres, qui faisait le tour de Paris sur 24 km. Le parcours des lignes du métro allant de Charles de Gaulle-Etoile à Nation (la ligne 2 par le nord) et la ligne 6 (par le sud), suit à peu près le tracé du mur, détruit en 1860. Deux pavillons, construits en 1787 par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, ont survécu à cette destruction : le n°3, qui n’est autre que l’entrée des Catacombes de Paris, et le n°4, qui abrite désormais le musée de la Libération de Paris – musée du Général-Leclerc-musée Jean-Moulin. C’est dans ses souterrains que le colonel Henri Rol Tanguy dirigea l’insurrection parisienne à partir du 19 août 1944.

©Nicolas Pelé – L’entrée des Catacombes de Paris (voir mon article La Ville Lumière côté obscur) se trouve au 14 avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy.
©Nicolas Pelé – Cette esplanade se trouve juste devant la façade de la gare de Denfert-Rochereau.
©Nicolas Pelé – La gare de Denfert-Rochereau, inaugurée en 1846, à l’époque hors des limites administratives de Paris : c’est l’une des plus anciennes gares existantes du système ferroviaire français, et la plus ancienne gare parisienne encore en activité. Elle fut d’abord appelée Gare de Sceaux ou Embarcadère d’Enfert, bien que située alors sur la commune de Montrouge. La façade et les toitures sont classées aux monuments historiques.
©Nicolas Pelé – Dans l’enceinte de la gare de Denfert-Rochereau : plaque en hommage aux agents de la ligne de Sceaux morts pour la France durant l’Occupation.
©Nicolas Pelé – Juste à côté, plaque en hommage au colonel Henri Rol Tanguy.

La locomotive et les voitures qui partaient de l’embarcadère de la Barrière d’Enfer (aujourd’hui gare Denfert-Rochereau) circulaient à un train d’enfer, permettant aux Parisiens d’effectuer un saut à Sceaux en seulement 30 minutes. Sceaux est ainsi l’une des premières villes de France à bénéficier du chemin de fer. De l’embarcadère d’Enfert à l’enfer du RER B actuel, c’était une autre époque où il y avait moins de friture sur la ligne !

©Nicolas Pelé – Après avoir quitté la place Denfert-Rochereau, on s’engage sur l’avenue René-Coty. Elle porte ce nom depuis 1964, mais on trouve encore une plaque de l’ancien nom : « avenue du Parc de Montsouris ». En effet, elle mène au Parc Montsouris, où se trouve la deuxième gare de la ligne de Sceaux : la gare de Sceaux-Ceinture, aujourd’hui Cité Universitaire. Au n°21 bis, on passe devant la sortie des Catacombes de Paris.
©Nicolas Pelé – Quel est ce lieu entouré de barbelés que tout usager un minimum attentif de la ligne B du RER a du remarquer sur sa gauche, en arrivant du sud à la gare de Denfert-Rochereau ? Une prison ? Un asile psychiatrique ? Que nenni, c’est l’ancien hôpital La Rochefoucauld« maison royale de santé », fondé en 1780 avec l’aide du roi Louis XVI. Propriété de l’AP-HP depuis 1849, son avenir est incertain… Son parc a été réduit, mais à l’origine, il s’étendait au-delà des voies de la ligne de Sceaux. A droite, on aperçoit le regard n° 25 de l’aqueduc de Médicis, malheureusement tagué…

Encore une coïncidence, mais il s’agît du « regard de Saux », le long de la ligne de Sceaux ! Il y en avait 27 comme lui, environ un tous les 500 mètres, permettant via un escalier d’accéder à la galerie souterraine. L’ouvrage achevé en 1628 captait plusieurs sources au sud de Paris dans le bassin de récupération de Rungis. Ensuite, l’aqueduc de Médicis conduisait l’eau sur 13 km grâce à une galerie souterraine suivant le relief, jusqu’à la maison du Fontainier dans le jardin de l’Observatoire. Le but était d’approvisionner le château et le jardin de Marie de Médicis, aujourd’hui le palais du Sénat et le jardin du Luxembourg. Il alimentait aussi le lac du parc Montsouris. On raconte que le jour de l’inauguration, le lac artificiel s’est mystérieusement vidé, provoquant le suicide de l’ingénieur responsable de sa construction.

©Nicolas Pelé – Juste devant l’ancien hôpital La Rochefoucauld se trouve l’un des 27 regards de l’aqueduc de Médicis. C’est le regard n°25, dit « regard de Saux » (et non de Sceaux…).
©Nicolas Pelé – Au no 41 de l’avenue René Coty, à l’angle de la rue d’Alésia, se trouve la première maison maternelle, fondée en 1891 par Louise Koppe pour accueillir les enfants de femmes en détresse. Les Scéens reconnaitront les briques ocre de la cité scolaire Marie-Curie à Sceaux.
Ce pont construit dans les années 1860 permettait à la ligne de Sceaux de franchir la rue d’Alésia.
©Nicolas Pelé – Vous le reconnaissez ?
©Nicolas Pelé – Edifié en 1868 comme indiqué ici sous le blason de Paris, il accueille désormais les rames du bon vieux RER B.
©Nicolas Pelé – On passe par la rue de l’Aude (ou l’au-delà ?) …
©Nicolas Pelé – … avant de revenir dans le monde des vivants, au réservoir de Montsouris, surnommée la cathédrale de l’eau.

Nous arrivons ensuite dans le parc Montsouris, créé en 1875 sous l’impulsion de l’empereur Napoléon III dans le cadre des grands travaux Haussmanniens. Ce parc occupant une partie des anciennes carrières de Montrouge doit son nom aux nombreux rongeurs qui s’étaient multipliés le long des moulins de la Bièvre. D’une superficie de 15,4 hectares, il complète au sud les espaces verts présents aux quatre points cardinaux de la capitale : les Buttes-Chaumont au nord, le bois de Boulogne à l’ouest et le bois de Vincennes à l’est.

©Nicolas Pelé – Le parc abrite la célèbre station météorologique de Montsouris, installée ici sans interruption depuis 1872, la plus vieille de France. Une longévité saluée par l’Organisation météorologique mondiale.
©Nicolas Pelé – Tour de relevé construite en 1947.
A l’emplacement de l’actuelle tour de relevé se trouvait le palais du Bardo, reproduction à moindre échelle du palais du bey de Tunis (haut responsable ottoman). L’édifice représentait la Tunisie à l’Exposition universelle de 1867. Hélas, ce lieu qui devait être restauré pour en faire un musée tunisien fut complètement détruit par un incendie en 1991.
©Nicolas Pelé – Un peu plus loin, ce pavillon, qui abrita dès 1875 le bureau des longitudes et de l’Observatoire, accueille depuis 1983 l’Association française d’astronomie et sa célèbre revue Ciel et Espace.
©Nicolas Pelé – Juste en face, on admire l’ancienne « cabane du grand équatorial » de l’Observatoire du Bureau des Longitudes.
©Nicolas Pelé – Pour conclure sur les curiosités géographiques, météorologiques et astronomiques du parc Montsouris, voici la Mire du Sud, classée monument historique. Elle permettait de matérialiser le méridien de Paris, ligne imaginaire qui passe du pôle Nord au pôle Sud. Quand il est midi à l’heure solaire sur ce méridien, le soleil apparait à son zénith.

Quelle est cette étrange stèle de 4 mètres de haut érigée au sud du parc Montsouris ? Une mystérieuse inscription y est gravée : « DU REGNE DE …….. LA MIRE DE L’OBSERVATOIRE MDCCCVI ». Il s’agît tout simplement de la mire du sud, érigée en 1806 sous le règne de Napoléon Ier (un opposant acharné gratta son nom à coup de burin). Ce monument situé à l’origine dans les jardins de l’Observatoire de Paris permettait de calculer la position exacte du méridien de Paris. C’est le pendant méridional de la mire du nord, située sur la butte Montmartre, mais cette dernière est inaccessible, car située dans le jardin privé de la résidence du célèbre moulin de la Galette. Le méridien de Paris servait de référence jusqu’à l’adoption du méridien de Greenwich (à Londres) en 1884. Notez que le méridien de Paris ne passe plus dans l’axe de cette stèle depuis qu’on l’a placé dans le parc Montsouris, mais 70 mètres plus à l’ouest, comme dirait le professeur Tournesol.

©Nicolas Pelé – Une ligne de train qui passe au beau milieu d’un parc, voilà qui n’est pas banal ! Bienvenue à la station Cité Universitaire, au cœur du Parc Montsouris !
©Nicolas Pelé – La gare de Cité Universitaire, de style Art Déco, fut inaugurée en 1937 à l’emplacement de l’ancienne gare de Sceaux-Ceinture. En 1891, elle assurait la correspondance avec la ligne de la Petite Ceinture, qui traversait alors les fortifications de Paris.
La ligne de Sceaux franchit ici l’enceinte de Thiers, détruite de 1919 à 1929, et dont il reste très peu de vestiges (notamment du côté de l’échangeur de la Porte de Bercy).
©Nicolas Pelé – La ligne de Sceaux s’enfonce ensuite sous le boulevard Jourdan et la Cité internationale universitaire de Paris, aux allures de château de Versailles avec son immense parc, ses 40 maisons (dont cinq sont classées monuments historiques) et ses plus de 6 000 étudiants sur près de 40 hectares !
©Nicolas Pelé – La Cité internationale universitaire, façade de l’autre côté, en direction de Gentilly.
©Nicolas Pelé – La passerelle du Cambodge relie le parc de la Cité Universitaire à l’église du Sacré-Cœur, classée monument historique, située à Gentilly. Elle enjambe les six voies du boulevard périphérique. La silhouette néo-byzantine de cette église, son dôme et son haut clocher (qui culminent tous les deux à 62 mètres tout de même) sont bien connus des automobilistes coincés dans les embouteillages de l’autoroute A6 en arrivant à Paris depuis le sud !
©Nicolas Pelé – En 1960, un petit événement anodin vint contrarier la vocation initiale de ce lieu : la construction du Périphérique ! Une séparation un peu radicale, et contrairement à ce qu’indique cette plaque, les étudiants de la Cité Universitaire ne sont guère nombreux à assister à la messe dans cette église… Depuis 1979, elle est affectée à la communauté catholique portugaise de Gentilly.
©Nicolas Pelé – En 1891, la gare de Gentilly, étape de la ligne de Sceaux, était une maison de garde-barrière agrandie. Le bâtiment actuel date de 1933. Ses briques ocre évoquent la cité scolaire Marie-Curie à Sceaux, édifiée en 1936. On est dans le style Art Déco !
©Nicolas Pelé – En poursuivant vers la gare de Laplace, on tombe sur cette étonnante maison bleue, mais nous ne sommes pas à San Francisco…
Les moins jeunes d’entre vous ont peut-être emprunté les Z 23000, plus connues durant leurs cinquante années de bons et loyaux services sous le nom d’« automotrices Z ». Ces rames circulèrent sur la ligne de Sceaux de 1937 (début de l’électrification de la ligne) à 1987. Ici en gare de Laplace.
L’ancienne ligne de Sceaux apparait dans l’album de Blake et Mortimer SOS Météores, dont l’action se situe dans les années 1950, lors d’une haletante séquence de course-poursuite. Dans cet album, Edgar P. Jacobs a représenté de façon très réaliste le décor de l’époque et les matériels roulants de type Z 23000.
©Nicolas Pelé – Inaugurée en 1846 en même temps que la ligne de Sceaux, la gare de Laplace fut reconstruite dans les années 1930. On pourrait croire que c’est le nom d’une ville, mais non, nous sommes à Arcueil. Laplace est le nom d’un célèbre physicien et mathématicien en science astronomique, qui collabora avec Lavoisier. Il fut ministre de l’Intérieur sous le Consulat, comte d’empire sous Napoléon Ier et marquis après la Restauration des Bourbons. Il a donc droit à sa gare car il habita ici, à Arcueil. Son château, qui n’existe plus, se trouvait à l’emplacement même où la tradition situe la maison du poète Ronsard.
©Nicolas Pelé – Bien qu’elle soit annoncée dans les trains avec la précision « Maison des examens », cette mention n’existe sur aucun plan. Mais les usagers qui s’arrêtent à la gare de Laplace ont l’explication en levant les yeux : impossible de ne pas voir les immenses édifices qui abritent le Service interacadémique des examens et concours (SIEC) !
©Nicolas Pelé – Inaugurée le 23 juin 1846, la gare d’Arcueil-Cachan est l’une des plus anciennes de la ligne de Sceaux. Le chef de ligne y avait ses locaux jusque dans les années 1980. Normal, nous sommes à la moitié du parcours ! Bien que portant le nom des deux communes d’Arcueil et de Cachan, elle est située sur le territoire de Cachan.
©Nicolas Pelé – Au niveau d’Arcueil-Cachan, la ligne de Sceaux passe sous le célèbre pont-aqueduc de la Vanne entre Arcueil et Cachan, qui amène l’eau jusqu’au réservoir de Montsouris. Classé au titre des monuments historiques, cet imposant ouvrage de 379 mètres de long mesure jusqu’à 19 mètres de haut. Erigé à la fin des années 1860, il se confond ici avec l’aqueduc de Médicis, du XVIIème siècle, déjà cité plus haut au niveau du « regard de Saux », près de Denfert-Rochereau. A cet endroit, il franchit la vallée de la Bièvre, et occupe l’emplacement du pont de l’aqueduc de Lutèce, construit à l’époque gallo-romaine, dont quelques ruines sont encore visibles.

Pour résumer, Laplace n’est pas le nom d’une ville, mais d’un mathématicien célèbre qui vécut à Arcueil. En revanche, la gare d’Arcueil se trouve sur la commune de Cachan. Quant à la gare de Bagneux (Hauts-de-Seine), elle ne se trouve pas à Bagneux, mais sur le territoire de Cachan, dans un autre département (Val-de-Marne), vous suivez ?

©Nicolas Pelé – Pas grand chose à raconter sur la gare de Bagneux, qui n’est pas à Bagneux mais à Cachan, et qui n’a pas non plus un grand intérêt architectural…
©Nicolas Pelé – Toujours entre les gares de Bagneux et de Bourg-la-Reine, les plus attentifs des usagers du RER B auront remarqué une croix blanche sur le côté.

Que fait cette croix blanche posée au bord des rails entre les gares de Bagneux et Bourg-la-Reine ? Après quelques recherches, voici la première piste : le 30 mars 1905, un terrible accident survint à proximité de cet endroit sur la ligne de Sceaux : la locomotive d’un train parti de la gare du Luxembourg à destination de Limours dérailla vers 6h30 du matin. La catastrophe se produisit dans une tranchée en courbe entre Arcueil-Cachan et Bourg-la-Reine. La gare de Bagneux fut construite dans les années 1930 sur les lieux du drame qui fit trois morts. Or la croix se trouve un peu plus loin. Cela aurait pu être une bonne raison, en souvenir de cette tragédie. Mais voici la véritable explication : André Ox, ouvrier d’origine arménienne travaillant à Bagneux, fut tué ici même en 1944 par une patrouille allemande lors d’un accrochage avec les Forces françaises de l’intérieur (FFI). On peut d’ailleurs lire sur la croix l’inscription « André OX – FFI ». Ce mémorial est entretenu par plusieurs conducteurs de la ligne. 

©Nicolas Pelé – La gare de Bourg-la-Reine, où bifurquent les deux branches de la ligne B du RER, vers Robinson ou Saint-Rémy-lès-Chevreuse. C’est ici qu’il ne faut surtout pas oublier de descendre si on ne veut pas se retrouver dans la mauvaise direction !
©Nicolas Pelé – Charles Péguy habita dans cette maison située juste en face de la gare de Bourg-la-Reine. Il prit le train à cette gare pour Paris, d’où il partit sur le front le 2 août 1914. Le célèbre écrivain fut tué le 5 septembre de la même année sur le front de la Marne. Pour en savoir plus sur cette bataille, rendez-vous au musée de la Grande Guerre à Meaux !
©Nicolas Pelé – Charles Péguy, qui a son avenue à Sceaux, étudia au lycée Lakanal, classé monument historique. La gare de Bourg-la-Reine ainsi que sa maison sont à deux pas, mais nous sommes déjà sur la commune de Sceaux. Cet établissement créé en 1885 sous la Troisième République accueille un collège, un lycée et des classes préparatoires réputées. C’est Jules Ferry en personne qui en choisi l’emplacement.
©Nicolas Pelé – Un peu plus loin, toujours du côté de la gare de Bourg-la-Reine, c’est la Seconde Guerre Mondiale qui se rappelle à notre bon souvenir, avec ce char américain Sherman qui passa par ici lors de la libération de Paris le 25 août 1944 par la Division Leclerc. Il s’agit en réalité d’une réplique, car le vrai char « Bourg-la-Reine » est exposé en Moselle près de Phalsbourg.
©Nicolas Pelé – La Villa Hennebique : surplombant les voies de la ligne de Sceaux entre les gares de Bourg-la-Reine et Sceaux, cette demeure familiale classée Monument Historique a été construite entre 1901 et 1903 par l’architecte François Hennebique. On aperçoit ici son emblématique tour en béton de 40 mètres de haut, abritant un réservoir d’eau qui servait à arroser un jardin suspendu. Un emplacement stratégique qui permettait à ce monument à l’architecture révolutionnaire pour l’époque d’être vue dès l’arrivée en gare de Bourg-la-Reine.
©Nicolas Pelé – Inaugurée en 1893, l’actuelle gare de Sceaux surplombe les voies, ce qui implique la présence dès l’origine d’une passerelle métallique pour accéder aux quais. Si vous avez bien suivi jusqu’ici, vous noterez qu’il s’agît de la quatrième gare de Sceaux, après celle de l’embarcadère place Denfert-Rochereau, la gare de Sceaux-Ceinture à Cité Universitaire dans le parc Montsouris, et bien sûr l’ancienne gare du Jardin de la Ménagerie ! Que de gares de Sceaux (à ne pas confondre avec le garde des Sceaux, ministre de la Justice).
©Nicolas Pelé – Plaque explicative sur la façade de la gare de Sceaux.
©Nicolas Pelé – Edifiée en 1892, la gare de Fontenay-aux-Roses est une réplique de celle de Robinson, excepté ses ailes latérales qui comportent une fenêtre de moins. Jusqu’en mai 1893, cette gare ne se situe pas à Fontenay-aux-Roses mais … à Sceaux ! Plus précisément rue de Fontenay, bref, c’est à en perdre son latin…
©Nicolas Pelé – Au niveau de la gare de Fontenay-aux-Roses, la ligne de Sceaux passe sous la passerelle de la Coulée Verte du Sud Parisien : une rando de 14 km dans la verdure au départ de Montparnasse !
©Nicolas Pelé – La gare de Robinson, inaugurée en 1893. Vous aurez remarqué que les trois gares de Robinson, Sceaux et Fontenay-aux-Roses présentent exactement la même architecture !
©Nicolas Pelé – Non, ce n’est pas une gare, mais l’ancienne mairie de Sceaux, édifiée en 1843 en bordure du jardin de la Ménagerie, à côté de la halle du marché et de l’ancienne gare de Sceaux. Nous voici arrivé au terminus de l’ancienne ligne de Sceaux !
©Nicolas Pelé – A l’intérieur de l’ancienne mairie de Sceaux, on peut admirer ce mètre étalon historique, témoin de l’adoption du système métrique décimal. Réalisé en marbre blanc, c’est l’un des 16 exemplaires installés dans Paris entre 1796 et 1799 pour familiariser la population avec cette nouvelle mesure appelée à devenir universelle. Il n’en reste plus que quatre, et celle exposée ici à Sceaux, la mieux conservée, est la seule subsistant dans son état d’origine et à avoir gardé sa corniche de marbre.

La gare de Sceaux se trouvait dans l’aile de l’ancienne ferme du jardin de la Ménagerie, à l’emplacement du potager de la duchesse du Maine. La renommée du Bal de Sceaux, qui accueillait jusqu’à 2 000 danseurs, contribua directement à la création de la ligne éponyme. Le succès est retentissant de 1820 à 1860, immortalisé par Honoré de Balzac dans sa nouvelle, Le Bal de Sceaux, paru en 1830. Victor Hugo y vint à pied en 1820 pour apercevoir Adèle Foucher qu’il épousera deux ans plus tard. Le public qui vient de Paris en calèche, encourage la création d’une ligne de chemin de fer. Leur vœu est exaucé et la ligne de Sceaux voit le jour en 1846.

©Nicolas Pelé – Jouxtant l’ancienne mairie de Sceaux, la halle au marché de Sceaux. On aperçoit juste derrière le bâtiment blanc de l’ancienne gare de Sceaux, qui abrite désormais des logements.
©Nicolas Pelé – Le bâtiment de l’ancienne gare de Sceaux n’a pas été détruit. Il est devenu un immeuble d’habitation, ici sur la gauche, impasse du Marché. En face, l’église Saint-Jean-Baptiste, à droite, la halle au marché. 
Gravure de l’ancienne gare de Sceaux, à l’emplacement de l’actuelle impasse du Marché. On reconnait le joli clocher de l’église Saint-Jean-Baptiste sur la gauche.
©Nicolas Pelé – En face, l’église Saint-Jean-Baptiste. Le parc de Sceaux débute juste derrière l’édifice. Une autre raison bien sûr de la popularité de la ligne de Sceaux, les Parisiens venant non seulement au bal de Sceaux, mais aussi se promener dans son célèbre parc et son château !
©Nicolas Pelé – La ligne de Sceaux permettait aux Parisiens d’accéder en 30 minutes au somptueux parc de Sceaux et son château.

Malheureusement, en 1891, la gare de Sceaux est déplacée à son emplacement actuel et les Parisiens se détournent du bal au profit des guinguettes de Robinson, sur les hauteurs de l’actuelle gare de Robinson, inaugurée en 1893, nouveau terminus de la ligne de Sceaux. Le nouveau tracé passe désormais par l’actuelle gare de Sceaux et celles de Fontenay-aux-Roses et Robinson. Située sur la commune de Sceaux, aujourd’hui terminus de la branche B2 du RER B, la gare de Robinson se trouve à la limite de Châtenay-Malabry, et à seulement 400 m de Fontenay-aux-Roses et du Plessis-Robinson.

©Nicolas Pelé – Il reste encore quelques témoignages des guinguettes de Robinson, comme ici, au Plessis-Robinson. Cette cabane dans les arbres a inspiré le nom de Robinson au quartier et à la gare RER !

Notre périple ferroviaire s’achève ici, après avoir croisé la vallée de la Bièvre, la Coulée Verte du Sud Parisien, les aqueducs de la Vanne et de Médicis et de nombreux autres édifices classés Monument Historique ! Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture de la passionnante exposition sur les origines de la ligne de chemin de fer de Paris-Sceaux, présentée en 2021 à la gare de Robinson.

Publié par Nicolas Pelé

Le voyage est la passion de ma vie : chaque départ est une aventure, peu importe la destination, et chaque fois que je prends l'avion, c'est comme la première fois.

11 commentaires sur « La ligne de Sceaux : sur la piste de l’ancêtre du RER B »

  1. Bonjour
    Je ne me souviens plus du nom de ce train que me mère empruntait dans les années 1920 c’était le nom que tout le monde lui donnait. Ce n’est pas l’arpajonais ?
    Merci

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  2. Bonjour, l’Arpajonnais était une ligne de tramway qui reliait Arpajon aux halles de Paris, longeant la Nationale 20.

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  3. Bravo ! Tous en voiture, et nous partons vers la verdure du Parc de Sceaux ! C’est l’aventure à portée de banlieue, et une visite du patrimoine vers le sud par petites étapes. Encore une belle balade proche de Paris et agrémentée d’une pincée d’humour fort bienvenu.

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  4. La ligne B a bien changé depuis les temps héroïques où je voyageais avec mes parents dans les anciens wagons peu confortables et bruyants. Merci pour ce joli reportage.

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  5. Merci Nicolas pour ce joli voyage sur la ligne B ! Une réconciliation avec cette ligne 😉 Tu nous fais découvrir les beautés de cette ligne…. après 40 ans de vie à Sceaux. Il était temps d en apprendre d avantage avant de quitter la région Parisienne. Nous allons regarder notre trajet RER attentivement et nul doute .. d un autre œil.

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  6. Superbe expédition sur cette ligne emprunté couramment et la découverte de son histoire est un véritable voyage dans l histoire..
    Merci Nicolas !

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  7. Merci Nicolas pour ce très beau récit ultra documenté.
    J’aime ce Paris / Banlieue avec un regard différent. Lors de mes escapades j’aime sortir des sentiers battus. Lors d’un prochain voyage parisien je m’intéresserai à cette ligne qui regorge de pépites architecturales.

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  8. La Minute Tourisme > Lors d’un prochain voyage parisien je m’intéresserai à cette ligne qui regorge de pépites architecturales.

    Si vous le pouvez, louez des vélos à Paris et descendez jusqu’à Sceaux voire Massy par la Coulée verte, puis remontez à Paris par le RER — vélos autorisés en dehors des heures de pointe en semaine, et toute la journée week-end et jours fériés.

    Aimé par 1 personne

  9. Outre la maison de Charles Peguy à Bourg la Reine elle était aussi celle de l’écrivain Léon Bloy, au 7 rue André Theuriet. Celle-ci fut détruite pour la construction d’un immeuble.

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  10. Bonjour, Nicolas,
    GRAND BRAVO,
    Article intéressant, clair, attirant par sa diversité, et sa richesse surtout les photos à l’appui , superbe et en avance, vraiment ça m’a donné envie de me déplacer pour s’abreuver de la richesse architecturale et historique de cette ligne , en avance, et à bientôt

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